Fric-Frac à Frontignan

couv_Fricfrac gmQuatre cambriolages simultanés, au cours d'une douce nuit automnale... du jamais vu à Frontignan. Le centre-ville et l'avenue Gambetta sont le théâtre du déchaînement de ces effractions. L'hôtel de Ville en tremble encore !

Le professionnalisme des malfrats et la diversité du butin vont semer le doute quant au mobile réel de ces cambriolages...

L'enquête peu banale, menée à un rythme soutenu par l'équipe du Capitaine Valentin Martin dépassera les portes de Frontignan : Montpellier, Paris, pour suivre des ramifications inattendues.

Informatique et criminalité, innovation et espionnage industriel, perspicacité et manigance... Voilà le cocktail détonnant qui vous est servi dans cette nouvelle.

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Trois heures du matin.

En plein cœur de la cité muscatière, l'hôtel de ville, tel un respectable cerbère de pierre figé dans une garde protectrice, semble veiller sur le repos des citoyens.

Le monument, voulu par François Simorreii, en impose par ses généreuses dimensions. Son implantation sur un monticule intensifie son allure majestueuse.

Tout est calme. La ville sombre paisiblement dans une suave torpeur de début d'automne, reposante douceur tant désirée après les chaleurs estivales. Rien ne saurait troubler la quiétude de ces lieux baignés dans la lumière orangée dispensée par les réverbères de la place. Pas un passant, pas un bruit, les vitrines des commerces sont éteintes, protégées derrière leurs rideaux de fer.

À part quelques chats errants qui déambulent à pas feutrés, le centre-ville sommeille, sereinement. Plus loin à quelques rues de là, une camionnette blanche fend discrètement ce silence rassurant. Sur le Boulevard Gambetta, elle dépasse la Maison Poulalioniii, tourne sur la droite, prend le Boulevard de la République, s'engage dans la Rue du Port, dépasse la Place Jean Jaurès pour déboucher sur la place de l'Hôtel de Ville.

Là, le conducteur stoppe son véhicule à l'angle des Halles et de la Rue Anthérieuiv, devant « La Maison de la Presse », il coupe le moteur. Un second véhicule qui le suit de près s'arrête au niveau du magasin d'informatique. Sans précipitation, six individus vêtus de noir, cagoulés, gantés, sortent des véhicules. Les conducteurs ouvrent les coffres et chacun s'empare d'outils de chantier. Chaque groupe se place devant son magasin. Quatre gaillards ajustent des lunettes de protection et se mettent en position agenouillée, meuleuse à la main. Celui qui semble être le chef, le conducteur du premier véhicule, regarde sa montre, attend quelques instants et pousse un cri. Au signal, un vacarme épouvantable résonne dans les ruelles étroites de la circuladev. Un écho lointain semble lui répondre. Six  minutes plus tard, les deux véhicules repartent tranquillement. Ils empruntent la rue Baumelle, bifurquent immédiatement à gauche dans la sinueuse rue Saint-Paul, pour ne pas prendre le sens interdit. Ils laissent « La Casa di Luigi » restaurant italien sur leur gauche, longent l'église Saint-Paul, superbe bâtiment d'architecture romane. Ils débouchent sur le Boulevard Gambetta, agréable voie arborée de superbes platanes. Des appels de phares illuminent deux autres camionnettes qui semblent les attendre...

2

Frontignan, le 14 octobre 2011. Trois heures trente du matin.

–    Mais, qu'est-ce que c'est que ce foutoir ?

Enzo Teruel, lieutenant  de la brigade de police de Frontignan vient d'arriver sur les lieux du cambriolage. Il est d'une humeur massacrante et il la manifeste bruyamment. Ce grand type baraqué d'un mètre quatre-vingt, au crâne rasé, en jeans et blouson de cuir noir élimé a été réveillé en plein sommeil. Cela ne lui convient pas du tout. Le brigadier Nicolas Kaboré, moins exubérant et mieux réveillé -il est d'astreinte cette nuit- est arrivé quelques minutes avant, suite à l'appel d'un riverain qui a entendu l'horrible grincement du métal que l'on découpe. Devant l'importance des effractions, il a préféré appeler son collègue.

–    Voilà : deux cambriolages en plein centre-ville, est-ce qu'on appelle le chef ?

Teruel approuve d'un hochement de tête. Au moment où Nicolas Kaboré compose le numéro, son portable sonne.

–    Un instant.

Pendant qu'il répond, le lieutenant commence son constat visuel. Les rideaux de fer ont été découpés, probablement avec une puissante meuleuse, pour créer une ouverture rectangulaire qui permet le passage d'un individu. En franchissant cette entrée singulière, Teruel sent cette odeur particulière du métal qui a chauffé : légèrement piquante comme celle de la poudre brûlée. Les portes de verre ont été forcées, facile à deviner : le bas des vitres présente des trous circulaires autour des serrures, le feuilleté de sécurité ne s'est pas rompu mais s'est plié quand le battant a été poussé, certainement très violemment avec un outil lourd. Aucun matériel ne traîne, rien n'a été abandonné sur place.

–    C'était le bureau, reprend Kaboré, deux cambriolages au rond point Gambetta, décidément, il y a de l'activité...

–    Mais qu'est-ce qu'ils ont cette nuit ? coupe le lieutenant Teruel. Où ça exactement ?

–    L'un au bureau de tabac « La Colombe » et l'autre au « Caveau des Muscaroles ».

–    Ça chauffe de trop ici. En plus du chef, appelle aussi Colombani, on a besoin de renfort. Moi, je rappelle le bureau pour que les propriétaires de ces commerces soient contactés et qu'ils se rendent sur place illico presto, à moins qu'ils aient un système d'alarme qui les ait déjà prévenus.

Trois heures quarante-cinq. Boulevard Gambetta.

Le capitaine Valentin Martin arrive sur les lieux de la seconde vague d'effractions. C'est un bel homme, brun, sportif, élancé, qui donne l'impression d'être sûr de lui. Une relation de confiance s'installe immédiatement avec lui. Norbert Ranchon, le patron du Caveau des Muscaroles arrive en même temps. L'avenant propriétaire de la cave n'arbore pas son habituel sourire, il est très contrarié, et cela se voit même derrière sa moustache soignée : moue de dépit, regard crispé, sourcils froncés, corps tendu. À peine consommée, sa cigarette est écrasée au sol, d'un mouvement rotatif de chaussure bien appliqué. Après les présentations et une première recherche d'indices que les cambrioleurs auraient pu laisser derrière eux, les deux hommes pénètrent dans le local commercial divisé en trois parties : le magasin, le bureau et la réserve. Pas de casse dans la partie magasin où s'alignent des rangées de bouteilles, les cuves à vin n'ont pas bougé, rien n'a été dégradé. Il n'en est pas de même dans la partie bureau. L'armoire a été fracturée et rien ne reste sur les étagères. Les factures, les bons de commande, les documents bancaires et administratifs, les classeurs jonchent le sol dans un immense désordre, comme si une bourrasque s'était chargée de tout éparpiller, à l'instar des feuilles mortes des platanes de l'avenue. Norbert établit un premier constat :

–    À première vue, le fonds de caisse a disparu, cela ne représente pas grand-chose, une quarantaine d'euros, je ne laisse que les pièces, le soir. Ils ont aussi embarqué les chèques que je n'avais pas eu le temps d'encaisser hier, l'ordinateur, quelques bouteilles...

–    Cela représente un maigre butin, observe Martin.

–    Oui, il y a certainement pour plus cher de dégâts matériels que de vols.

–    Il va vous falloir venir déposer une plainte au bureau de police dans la matinée. À tout à l'heure.

–    Je passerai vers dix heures.

Valentin Martin se rend alors au bureau de tabac.  Le gardien de la paix Ange Colombani, a déjà préparé son rapport.

–    Le rideau de fer a été découpé, la porte vitrée défoncée. Tous les paquets de cigarettes, le tabac, les cigares…  Tout a été raflé ainsi que le fonds de caisse. Aucune trace ne reste, aucun indice, les outils utilisés ont été remportés.

–    Travail très efficace, si l'on peut parler de travail... en tous cas très rapide, ce qui dénote une préparation minutieuse.

–    J'ai interrogé un témoin. Il habite juste en face mais sa chambre ne donne pas sur l'Avenue de la Libération. Il m'a dit avoir été réveillé par un terrible grincement métallique qui a duré une à deux minutes, puis il a entendu un crissement plus aigu et ensuite un grand craquement, tout cela malgré le double vitrage. Il s'est levé et s'est approché de la fenêtre. C'est là qu'il a vu partir une camionnette blanche en direction de Montpellier. Malheureusement, il était trop loin pour relever la plaque d'immatriculation. Il dit aussi avoir vu passer trois autres camionnettes, blanches également. Cela lui a semblé bizarre, toutes ces camionnettes. C'est lui qui a appelé le poste.

–    O.K., combien de temps cela a-t-il duré ?

–    Cinq à six minutes en tout.

–    Fichtre ! Vous le convoquez pour huit heures trente. Réunion dans une demi-heure, au bureau.

Le capitaine Martin se rend dans le centre-ville, sur le lieu des deux autres cambriolages. Il s'enquiert auprès de ses équipiers des modalités d'action des malfaiteurs. Le lieutenant Teruel et le brigadier Kaboré l'informent d'un mode opératoire qui ressemble étrangement à celui pratiqué au rond point Gambetta. Enzo Teruel complète les informations.

–    Outre les dégâts matériels, le gérant du magasin d'informatique déplore la disparition d'une vingtaine d'ordinateurs portables prévus dans le cadre d'une offre promotionnelle.

–    Et pour la Maison de la Presse ?

–    Bien-sûr, des dégâts matériels aussi. Et le vol de tout le stock de jeux à gratter. La patronne, Madame Delmonte est effondrée, annonce Kaboré. Ce n'est hélas pas son premier cambriolage. Enfin, cette fois-ci sa caisse enregistreuse n'a pas été abîmée : le soir, elle laisse toujours le tiroir ouvert, pour éviter qu'il ne soit forcé.

–    Merci, messieurs. Teruel, veuillez appeler les collègues de Sète, pour qu'ils sécurisent les lieux. Tant que ces commerçants ne pourront pas verrouiller correctement leur porte, il faut assurer une présence policière dissuasive. Il faut éviter un « sur-casse ».

Sitôt les renforts arrivés, l'équipe de Martin se rend à la « Maison » pour un grand débriefing. Quatre cambriolages en cinq minutes à Frontignan, on n'a jamais vu cela.

Nouvelle

80 pages, format 11x18 cm, 4,90 €

Couverture :

Impression quadrichomie sur fond noir, pelliculage brillant.

 Feuillets :

Impression noir et blanc recto verso, Papier offset blanc 80g, Reliure dos carré avec mors latéraux collés, double rainage d'aisance.

Imprimé en Europe

ISBN 978-2-9538372-0-9

Dépôt légal 2è trimestre 2012

éd MarcoLibro